Pensons ensemble les motivations, les attentes, les résistances et les fantasmes autour de la consultation psychologique.
Cet article n’est pas une revue de conseils ou de prescriptions, c’est une invitation à penser et à se questionner, où chacun peut trouver son espace de réflexion et choisir de l’investir comme il l’entend.
A travers cet écrit, j’aspire à ouvrir une voie, une voie d’accès bienveillante à la consultation psychologique, nourrie par le croisement de mon expérience clinique professionnelle, les vestiges de mes apports théoriques et ma sensibilité intellectuelle. A chacun, ensuite, de voir si nous pouvons nous croiser en chemin.
Les chemins qui mènent à la consultation
Aller consulter, aller chez la psychologue, prendre rendez-vous avec, prendre rendez-vous chez…autant de façons de formuler cette action, cet agir, qui peut nous amener, à un moment donné de nos vies, à nous mettre en mouvement et entrer en relation avec un autre – le ou la psychologue – qui, on l’espère, saura nous écouter, nous aider et, dans certains cas, peut-être même répondre à quelques-unes de nos questions.
Pour certains, ce mouvement se fera facilement, et pour d’autres, le chemin pourra être plus sinueux, semé d’embûches, fait de quelques pas en avant puis, quelques autres en arrière, pour qu’un jour, les conditions soient réunies pour une première consultation.
Ces conditions ce sont les vôtres, elles ne regardent que vous. Elles sont parfois conscientes et parfois davantage dissimulées, même à notre propre regard. Qu’est ce qui peut bien nous pousser, finalement, à franchir ce cap et aller consulter ?
Pour certains, le récit positif d’un ami ayant trouvé des bénéfices à aller consulter permettra cette première prise de rendez-vous ; pour d’autres, ce sera sous le conseil d’un membre de la famille, celui de son médecin généraliste ou encore celui de la professeure des écoles ; pour d’autres encore, il faudra attendre un schéma répétitif de plus, celui de trop, accompagné de son lot de préjudices émotionnels ; et pour d’autres…il y a finalement autant de chemins qui mènent à la possibilité d’aller consulter une psychologue que d’histoires et de vécus différents.
Les raisons qui peuvent amener à une première consultation psychologique sont nombreuses.
Vous venez me consulter lorsque quelque chose devient difficile à porter, que ce soit à vivre ou à comprendre : une période de transition ou de crise (séparation, difficultés dans le couple, épuisement professionnel, changements de vie…), une souffrance relationnelle, un sentiment de blocage ou l’impression de reproduire certains schémas sans parvenir à en comprendre l’origine.
Quand la demande se transforme
Il y a cette femme qui prend rendez-vous pour son enfant, pour l’aider à mieux gérer ses émotions, et tout particulièrement sa colère, jusqu’à ce que nous comprenions, ensemble, après plusieurs séances, que se rejouent dans sa relation avec son enfant les difficultés relationnelles qu’elle rencontre avec son mari. Alors, le chemin bifurque et la patiente change, elle passe de la petite fille à la mère.
Il y a cet homme, qui connait des difficultés avec sa femme, et tous deux n’arrivent plus à communiquer.
Il y a cette jeune femme, anxieuse, qui se tourne vers l’aide qu’elle peut apporter aux autres, avant même de s’aider elle-même dans la résolution de ses conflits internes, mais qui est là, séance après séance, et là est la preuve de son engagement envers elle, envers son propre bien-être.
Il y a cet adolescent, qui cherche un espace à lui, pour lui, pour être qui il souhaite et dire ce qui lui chante, parce-que dans cet espace qui lui est proposé il n’y a pas d’enjeux.
Il y a cet homme, ou cette femme, qui ne viendra qu’une fois, ou deux, mais aura pu déposer dans un lieu sûr ses récits intimes.
Il y a ces parents, qui prennent rendez-vous pour leur enfant, et qui finissent par trouver, un peu, d’espace pour eux-mêmes au cours des séances.
Et tant d’autres.
Ainsi, la consultation psychologique nous amène parfois là où on ne s’attendait pas à aller. Il y a une part d’inconnu, d’incertitude ou encore de surprise, résultat du caractère imprévu inhérent à la rencontre avec l’autre.
La prise de rendez-vous se concrétise par l’élaboration d’une demande, bien souvent la vôtre, quand il ne s’agit pas de celle d’un parent pour son enfant. Dans ce cas de figure-ci, l’enfant arrive rarement avec une demande à lui, il se retrouve là parce-que son parent en a une. Alors un des axes de travail possible, pour cet enfant et pour la psychologue, est d’en trouver une, la sienne, ou justement ne pas en trouver, car il se peut également que le problème soit ailleurs.
Ce que l’on attend d’une thérapie
Pour en revenir à la demande, le patient aura nécessairement à se demander, à un moment donné, ce qui l’a amené à cette consultation, à avoir pris ce rendez-vous, ici, maintenant, avec cette personne spécifiquement. Puis, dans un second temps, d’autres questions émergeront : qu’est-ce que j’attends de ce rendez-vous ? des conseils ? des réponses ? une marche à suivre ? un exutoire ? de la réassurance ? une validation ?
Il y a différents lieux et places dans lesquels peuvent se dérouler ces questions, peut-être vous les poserez-vous déjà, en amont de la consultation, peut-être se poseront-elles à deux, entre patient et psychologue, de façon claire et explicite, ou bien d’abord, de façon implicite, pour les aborder un peu plus tard au cours du processus thérapeutique.
Les façons de se questionner comme les façons de procéder sont plurielles et dépendent de la rencontre, entre un patient et un psychologue ; et ce dernier se doit, selon moi, de toujours respecter le temps dont son patient a besoin, sa vitesse de croisière psychique.
Comprendre ce qui se joue
Au fil du travail thérapeutique, nous prenons le temps d’explorer ensemble ce qui se joue pour vous, vos besoins, vos émotions, votre histoire et les relations qui vous entourent. Certaines répétitions ou fonctionnements peuvent alors progressivement être mis en lumière, non pas pour vous juger, mais pour mieux comprendre ce qui vous construit et ce qui vous fait souffrir.
Après cette première consultation, d’autres questions émergent encore : Qu’attendre d’un rendez-vous unique ? d’un suivi ? d’un suivi régulier ? ou irrégulier ? Ce sont des perspectives qui peuvent être construites à deux, dans l’alliance thérapeutique.
Dans certains cas, plutôt nombreux d’ailleurs, la question financière viendra s’ajouter et peser dans la balance de la réflexion, un poids plus ou moins lourd.
Et si parfois, on ne peut tout simplement pas assumer financièrement une dépense ou une autre, nous pouvons peut-être, encore une fois, nous questionner : Quel prix allouer à sa santé mentale ? Suis-je prêt à dépenser de l’argent pour mon bien-être psychique, au-delà de la dépense évidente en termes d’investissement interne, émotionnel et même organisationnel ?
Cet investissement psychique global soulève, à son tour, un bon nombre d’interrogations :sur qui, sur quoi, repose l’avancée de mon travail thérapeutique ? dois-je penser mon investissement exclusivement au cours des séances ? en dehors également ? comment vivre et voir leurs influences réciproques ?
Vers un rapport plus apaisé à soi-même
Le travail thérapeutique peut s’avérer parfois, souvent même, assez inconfortable. Peut-être faut-il d’ailleurs accepter de passer par une étape d’inconfort, différente de ce que je nommerai le confort-inconfortable de la situation ayant menée à la consultation, pour, ensuite, passer à une étape plus agréable, et peut-être même davantage qu’une étape, un chemin vers le mieux-être.
Ce travail peut vous permettre de repartir avec une meilleure compréhension de vous-même, un regard plus apaisé sur votre parcours et vos difficultés, ainsi qu’un espace où vous avez pu être entendu(e) sans jugement.
La thérapie peut aussi vous aider à retrouver davantage de confiance, à identifier vos limites et vos besoins, à ajuster vos relations et à avancer vers des choix plus alignés avec ce qui compte pour vous.
Mon rôle est de vous accompagner avec douceur, bienveillance et authenticité dans ce cheminement : accueillir ce qui est là aujourd’hui, comprendre ce qui peut évoluer, et trouver progressivement de nouvelles façons d’être avec vous-même et avec les autres.
Peut-être qu’au terme de ce cheminement, une autre question demeure, plus discrète mais essentielle : celle de l’acceptation.
Accepter, dans le sens de, reconnaître ce qui ne peut pas être changé pour mieux investir ce qui peut évoluer.

